hector m'a dit

Tribulations d'hector à Perpignan, et à Nice, rumeurs, infos, balivernes, musique, gastronomie, vins et plaisir

19 février 2007

Vent de Viognier

Une route, une route tortueuse comme on dirait "vertueuse",  des acacias robinier, le goudron chaud qui fume encore au soleil de septembre, un vent tiède qui rappelle que le midi n’est pas si loin malgré tout, quelques cailloux épars, du granit décomposé, de-ci de-là, une coulée de terre blanche comme les anciens l’appelle, quelques chaillets,  un escalier de pierre, une pente à décourager un montagnard, le Rhône en bas, calme et placide comme un serpent repu, dressé depuis bien des années, ne surprenant que de rares saisons en s’étalant sur les maisons bâties sur ses rives,  le vent, toujours tiède, soufflant dans des roseaux qui sortent d’on ne sait où, quelques chênes là-haut, sur l’autre versant de la colline, parfois l’ombre tremblante et rare d’un pêcher, bientôt celle de la crête derrière laquelle le jour finit.

La maturité, une odeur de sucre, douce, enivrante, à tituber comme une grive,  éclatante en cascades à la lumière descendante, chatouillant les sens.

Les sens commencent, de manière désordonnée d’abord, puis en ordre, comme si un processus se mettait délicatement en route, à me rappeler que peut-être, certains jours,  je suis rentré à la maison, cette maison bâtie là où Marius faisait pousser ce raisin lui aussi, pour en donner un nectar issu d’un fruit cueilli tard, que l’on croquait dans l’année, un vin si riche, si sucré, parfumé, qu’en coulant sous la langue il enivrait déjà. Je suis né trop tard. Jamais je ne pourrai goûter cette merveille, certains m'en parlent, et déjà je vibre de bonheur, comme si ma bouche recueillait les arômes tant désirés. Pourtant, ce mode de vinification revient, petit à petit, à mon grand plaisir.

Encore maintenant le vin naît sur ces pentes abruptes. Encore maintenant l'extase jaillit le long du Rhône, mais je ne crois que pas que mon coeur puisse chavirer autant que dans mon rêve. Pourtant...

Pourtant se lovent au creux de mon oreille quelques noms splendides, je le sais, le patronyme de quelques producteurs prestigieux, qui font rêver de très nombreux amateurs, Vernay, Villard,  Gangloff, Cuilleron...

Légèrement rafraîchie. Caressée des yeux, des mains, délicatement ouverte. Attendre, attendre l'instant opportun, atteindre l'équilibre entre impatience et disponibilité!

Un or pâle coule dans mon verre. Un robe dorée, luisante, une texture fine.

Puis, oserai-je? Et puis, quoi, la peur d'être déçu me trouerait-elle le ventre? Tout de même, non. Un acacia, un tilleul, une verveine fraiche, une touche de vanille délicate, un froissement de pêche et d'abricot comme si ces arbres jadis plantés aux côtés du raisin participaient au vin. Un fleur blanche, mais laquelle? Et puis, ce gras si caractéristique des viogniers qui ont vieilli, cette douceur sans nom, cet équilibre floral et fruit, cette touche herbacée en bouche soutenue par une pomme verte mure à souhait.

Tout s'efface, tout disparait pour laisser place à la palpitation intérieure, frémissement plutôt; fébrilement je reviens à mon verre.

 

« Alors? »

 

« Merveilleux! »

 

Je me laisse glisser dans mon bridge, je me cale, voilà, tout va bien.

 

 

Posté par hector06 à 11:31:00 - Souvenirs et hallucinations - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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